''Le management adore les mots sucrés.
Quand l’organisation craque, il sort son vocabulaire de secours : bienveillance, empathie, adaptabilité. Sous couvert d’humaniser le travail, on psychologise ce qu’on ne veut plus organiser. Ainsi les soft skills aussi faciles à invoquer que difficiles à circonscrire.
Le bullshit des soft skills tient à leur plasticité absolue.
Seraient-ils ce que les vieilles civilisations appelaient manières, tenue, art des distances — bref, des biens lents, acquis par apprentissage, transmission, épreuves ?
Le récit est séduisant : remettre l’humain au centre, célébrer l’écoute, la collaboration, l’empathie.
Mais ce vernis lexical a une fonction moins avouée : servir de paravent à une dégradation de la compétence.
Plutôt que d’affronter ce que l’on sait réellement faire, produire, arbitrer, on met en avant des qualités supposées, si souples qu’elles échappent à tout examen sérieux.
On nous vend de l’humain en spray, prêt-à-pulvériser sur des organisations qui grincent.
Plus d’apprentissage, mais du ressenti, du feedback.
C’est le règne du coton lexical : on éponge les tensions à coups de bienveillance formatée, d’intelligence émotionnelle en kit'' (...)
Ce virage n’est pas innocent.
Il remplace la culture du faire par la morale du paraître. Jadis, on jugeait un ingénieur à son dessin, un juriste à son argumentaire. Aujourd’hui, on les jauge à l’angle de leur énergie positive et de leur aptitude à rebondir.
La manœuvre est connue : déplacer le problème des structures vers les personnes. Au lieu de clarifier les missions, d’ajuster les moyens, de stabiliser les priorités, on enjoint les salariés à être flexible dans des cadres rigides, inventifs dans des tâches standardisées et surtout bienveillants malgré des objectifs intenables
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